Interview à Aster Asfaw

Nous y donnons la parole à Aster Asfaw, directrice de SOS Villages d’Enfants Éthiopie, qui explique dans une interview tout ce qui a déjà pu être accompli en 2012.

Aster Asfaw, directrice de SOS Villages d’Enfants en Éthiopie (en compagnie de Christian Hosmann et Tsegaye Dejene, directeur du SOS village d'enfants Harar.

Quelles ont été les avancées accomplies l’an passé par SOS Villages d’Enfants en Éthiopie? En 2012, nous avons réalisé un travail important en Éthiopie. Je citerai en premier lieu l’ouverture du nouveau village d’enfants SOS de Jimma, auquel sont rattachés une école, un espace d’accueil de jour et un centre médical. La rénovation du village d’enfants SOS de Harar est également bien avancée. Les premières familles ont pu prendre possession de leur maison.

Je suis particulièrement heureuse que nous ayons pu, en 2012, étendre notre action au-delà des villages d’enfants SOS, dans le cadre de nos programmes de cohésion familiale. Nous évitons ainsi la dislocation de familles en situation de précarité économique ou sanitaire, et empêchons que des enfants ne se retrouvent livrés à eux-mêmes. Ces programmes ont été renforcés l’an passé à Bahir Dar, Hawassa et Addis Abeba. De nouveaux programmes ont pu être initiés à Harar, Jimma et Gode.

D’une manière générale, comment se présente la situation en Éthiopie à l’heure actuelle?

En dépit d’une forte croissance économique au cours de ces dernières années,  l’Éthiopie reste confrontée à de vastes défis. De faibles revenus, une productivité insuffisante dans l’agriculture, le chômage, la sécheresse, un secteur industriel mal développé, ainsi que les taux élevés du SIDA et du VIH posent de graves problèmes. Tout cela concourt à un affaiblissement de la société et représente un danger considérable pour l’enfance. Aujourd’hui, l’Éthiopie compte 5,5 millions d’orphelins environ, soit 16% de la population.

 
 
2012 a été l’année de la sécheresse en Afrique de l’Est. L’Éthiopie n’a pas été épargnée par cette catastrophe. Quels moyens ont été mis en œuvre par SOS Villages d’Enfants pour soutenir les populations? Dans la région de Gode, à proximité de la frontière avec la Somalie, nous avons démarré un programme d’aide d’urgence auprès de 13 000 individus, dont 90% de femmes et d’enfants.

Concrètement, en quoi consiste cette aide d’urgence?

Dans un premier temps, cette aide a consisté à distribuer des denrées alimentaires comme le riz, l’huile, le sucre et la farine, pour assurer la survie d’une population en détresse. Cela a permis de sauver 8154 enfants de la faim et de la malnutrition. De plus, nous avons assuré la prise en charge médicale d’individus sur place, sensibilisé ces populations aux règles d’hygiène et mis en place dans ce cadre 100 toilettes sèches qui seront utilisées par 3000 personnes environ. Les conditions d’hygiène sur place ont pu être considérablement améliorées.

Le programme d’aide d’urgence est-il achevé maintenant?

L’aide d’urgence n’est pas encore clôturée. A l’heure actuelle, nous soutenons des familles en leur fournissant des ânes et des charrettes. Elles peuvent ainsi transporter de l’eau, vendre sur le marché et générer un revenu. L’accès à une eau propre est un aspect important de notre action ici Plus de 13 000 individus à ce jour ont reçu le nécessaire pour le traitement de l’eau.

Quels sont les grands défis pour SOS Villages d’Enfants en Éthiopie?

D’ici la fin de l’année 2016, nous souhaitons apporter un soutien à 23 000 enfants par an rien qu’en Éthiopie. Pour y parvenir, nous prévoyons de renforcer encore nos programmes de cohésion familiale. L’augmentation du coût de la vie en Éthiopie constitue un autre défi. Le prix des denrées alimentaires et des biens, comme les matériaux de construction par exemple, a beaucoup grimpé au cours de ces dernières années.

Que comptez-vous faire pour relever ces défis?

Nous souhaitons trouver d’autres sources de revenus, également en Éthiopie. La mise en place de partenariats et de réseaux est déterminante ici. De plus, nous nous efforçons de réduire les coûts dès que cela est possible, notamment avec des projets pour la mise en place d’installations solaires ou à biogaz, de façon à réduire notre dépendance vis-à-vis d’autres énergies plus onéreuses.

En 2012, les Suisses ont consenti des dons importants pour financer des actions en Éthiopie. Quels sont les effets de ce soutien?

Mille fois merci pour cette aide en provenance de Suisse. Elle nous permet d’être aux côtés de milliers d’enfants particulièrement démunis. Nous espérons pouvoir compter encore sur ce soutien dans les temps à venir, de façon à atteindre ensemble notre objectif: offrir un foyer à 23 000 enfants éthiopiens en détresse.

 
 
Indépendamment des résultats atteints, avez-vous été touchée par un destin individuel en particulier? Je suis confrontée à d’innombrables destins individuels dans le cadre de mon travail. L’histoire des jumeaux m’a plus particulièrement émue. A la mort du père, qui s’est produite avant leur venue au monde, la mère fut rejetée par la famille de son mari. La mère décéda à la naissance, et les enfants n’avaient plus personne.  Tous deux auraient dû être pris en charge par une nourrice, mais celle-ci craignait que ses autres enfants ne noient les jumeaux dans un fleuve. Malheureusement, c’est quelque chose qui arrive encore souvent. Un voisin a pris les enfants avec lui et nous a contactés. Après l’accomplissement des formalités nécessaires, les enfants ont pu être accueillis dans le village d’enfants SOS de Hawassa. Le fait que les jumeaux fussent toujours en vie à cette date relevait du miracle. Ils étaient âgés de deux semaines, pesaient 1,5 kilogramme et seraient sans aucun doute morts dans les prochains jours. Aujourd’hui, tous deux vont bien.