ZOOM-SOS no. 3/2014 – La passion d'être mère

Daniela Schlattinger vit pleinement le quotidien de sa grande famille à Dozwil, sur le lac de Constance. Etalemahu Gebregiorgis est depuis huit ans maman SOS à Harar, en Ethiopie. Elle n’aurait jamais imaginé avoir autant d’enfants. Aujourd’hui, elle ne souhaite rien d’autre.

ZOOM-SOS no. 3/2014

Zoom SOS: A quoi ressemble une journée dans votre grande famille?


Daniela: Comme nous ne nous levons pas à la même heure, il n’y a pas de déjeuner familial. Je donne un dix-heures à chacun. Les six enfants qui vont encore à l’école rentrent manger à midi. A la sortie de l’école, ils me bombardent d’histoires, de questions, de soucis et de problèmes qu’il faut ordonner, discuter et délibérer. Quand leur père rentre le soir,
beaucoup de choses ont déjà repris leur courant normal.

Etalemahu: Je réveille tous les enfants à six heures pour le déjeuner. Ils font ensuite leur lit et se préparent pour l’école. Les plus grands aident les plus petits, encore endormis, à met-tre correctement leur uniforme. A midi, ils sont tous de retour à la maison.
Après l’école, une fois les devoirs faits, les enfants quittent leur uniforme. Ils peuvent en-
suite jouer avec leurs amis. Plus tard, les enfants lavent eux-mêmes leurs chaussettes sales. Pendant le repas du soir, ils racontent tout ce qui s’est passé pendant la journée. A dix heures, au plus tard, tout le monde dort.

Tous ces enfants s’entendent-ils bien?


Daniela: Pour nos enfants, il est normal d’avoir autant de frères et sœurs. Les chambres sont réservées au sommeil: c’est dans le salon, ou mieux dans le jardin, qu’ils vivent et qu’ils jouent. Les plus âgés s’occupent des plus jeunes et les aident, par exemple, à se brosser les dents.

Etalemahu: Chez nous aussi, les plus âgés viennent en aide aux plus petits. Ils gèrent les devoirs ou les soignent quand ils sont malades. Le lien est fort entre les enfants.

Comment vous sentez-vous dans votre rôle de maman à plein temps?


Daniela: J’ai toujours voulu une grande famille, mon mari aussi. Cette vie me rend heureuse, avec tous ses moments de stress. Avec les aînés, j’étais davantage débordée qu’aujourd’hui. Plus on a d’enfants, plus c’est facile de les élever.

Etalemahu: Jadis, je ne pouvais m’imaginer être «mère» par métier. C’est seulement quand j’ai commencé à vivre et à travailler avec les enfants que j’ai changé d’optique. L’amour des enfants, que je ressens, et la formation que j’ai suivie sont les valeurs qui aujourd’hui m’emplissent. Je suis fière d’être maman SOS.

Avez-vous un peu de temps libre?


Daniela: Je n’ai pas vraiment besoin de temps libre. Le soir tard, j’ai un peu de temps pour moi,
sans les enfants. Je m’occuperai de mes projets personnels quand les enfants seront grands.

Etalemahu: J’ai un jour de congé par semaine. Et des vacances tous les ans. J’entretiens des relations avec les autres mamans SOS du village d’enfants. Et j’ai bien sûr du temps pour moi la nuit, quand je dors.

Etes-vous très fatiguée le soir?


Daniela: Oui, très. Mon mari dit qu’on ne peut aller au cinéma avec moi sans que je m’en-
dorme. Et je dors bien. Quand un des plus petits fait des cauchemars la nuit, il se glisse dans notre lit pour se sentir en sécurité.

Etalemahu: Après une journée de travail bien remplie, je suis très fatiguée. C’est pourquoi je me couche dès que les enfants sont endormis et que je dors merveilleusement bien. Même quand une tâche n’est pas terminée ou un problème non résolu. Ça peut toujours attendre le lendemain.

Qui s’occupe de vous quand vous avez des soucis?


Daniela: Je suis quelqu’un de positif qui voit aussi le bon côté dans les situations difficiles. Cette attitude m’évite bien des soucis. Mes fils et filles aînés sont également de bons interlocuteurs. Mon mari aussi est quelqu’un de positif et trouve toujours une solution à tout.

Etalemahu: Quand j’ai besoin d’un conseil, je vais voir le directeur du village, son avis compte beaucoup pour moi. Je fais appel aux travailleurs sociaux pour les affaires qui
nécessitent leur aide. J’ai une nature posi-tive et considère qu’il n’y a pas de problème
insoluble.

Comment faites-vous pour être équitable?


Daniela: Dans l’éducation de nos enfants, nous essayons de leur transmettre les mêmes valeurs. Il est important aussi d’approcher chaque enfant séparément quand il a besoin d’une oreille attentive. Certains sont plutôt influençables, ont du mal à dire «non», d’autres ont une forte volonté. Je tiens à faire comprendre à chacun que «je suis là pour toi et je te consacre du temps». Ça demande beaucoup de feeling.

Etalemahu: Chaque enfant est unique, y compris dans ses besoins. Je respecte et je comprends ça, même si je les élève tous de la même manière et que je donne autant d’amour à chacun d’entre eux. Les qualités de chacun donnent à notre vie de famille sa variété.

Comment encouragez-vous individuellement un enfant, spécialement quand il a des pro-blèmes à l’école ou dans son environnement?


Daniela: Il y a toujours un moyen de permettre à un enfant d’apprendre à jouer d’un instrument ou de pratiquer un sport. Nous renonçons volontiers aux produits de luxe. Les enfants sont confrontés très jeunes à des problématiques telles que l’alcool ou les drogues. Nous abordons le sujet en famille. Chacun de nos enfants doit grandir dans la confiance fondamentale qu’il ne sera pas abandonné ou moins aimé s’il prend un chemin semé d’embuches. Cette confiance doit les rendre capables de trouver eux-mêmes leur voie. La prise de res-ponsabilité les fortifie pour leur vie d’adulte.

Etalemahu: Quand il y a un problème, je commence par en parler avec l’enfant concerné. Je veux connaître les faits de son point de vue, car je ne juge jamais par ouï-dire. Je lui offre ainsi la confiance qu’il pourra toujours venir à moi en cas de problème sans que je le juge. Nous cherchons une solution dans une discussion commune. Ces discussions transmettent aux enfants le respect et la tolérance si importants pour la vie en société.

D’où tirez-vous la force de vous acquitter de votre tâche?


Daniela: De ma passion pour ma famille. J’ai choisi cette vie et elle me procure tous les jours du bonheur.

Etalemahu: De la reconnaissance des enfants. Ils me montrent aussi leur amour quand je suis fâchée ou malade. Le soutien des nombreux donateurs qui rendent mon travail possible m’encourage également.

Qu’est-ce que les enfants vous donnent?


Daniela: Les enfants réclament beaucoup de force, mais ils en donnent beaucoup en retour. Ça me rend heureuse de ressentir l’estime de mes enfants.

Etalemahu: L’affection sans limite des enfants et le fait qu’ils me considèrent comme leur mère. Qu’ils fassent des efforts à l’école et se conduisent bien, c’est le succès de mon travail.

Quels sont les temps forts de la vie en famille?


Daniela: Nous passons Noël ensemble. C’est important pour chacun d’entre nous. La construction de la maison commune est une chose unique qui nous motive tous. Ça rapproche encore la famille.

Etalemahu: Ressentir l’amour et l’acceptation au sein de la famille et dans tout le village d’enfants SOS est le plus précieux à mes yeux. Je donne ainsi mon meilleur pour mes enfants et les prépare à leur vie d’adulte.