ZOOM SOS no. 1/2012 - La pauvreté marque le visage de l’éthiopie

La moitié de la population éthiopienne vit au-dessous du seuil de pauvreté. Les sécheresses catastrophiques, la famine, la longue guerre avec l’Erythrée et le sida ont complètement bloqué le développement du pays. C’est pourquoi SOS Villages d’Enfants s’engage depuis plus de trente ans en faveur des plus pauvres parmi les pauvres.


ZOOM SOS no. 1/2012
L’Ethiopie est un pays de contrastes. D’un côté, le fier passé d’un des Etats les plus anciens du monde, jamais colonisé. Le «berceau de l’humanité» est aussi le lieu où on a découvert en 1974 le squelette de Lucy, qui a vécu il y a 3,2 millions d’années. Le pays possède sa propre écriture, vieille de plus de 1500 ans, et la dynastie impériale se réclame du roi Salomon. Même l’Eglise orthodoxe éthiopienne, fortement enracinée dans la population, se targue d’une histoire de milliers d’années.

De l’autre côté, l’Ethiopie compte au nombre des pays les plus pauvres du monde avec ses plus de 80 millions d’habitants. La moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, et 70% des personnes vivant dans la capitale Addis Abeba habitent dans des bidonvilles. Seuls 42% des Ethiopiens savent lire et écrire. Après la chute de l’empereur Haïlé Sélassié, en 1974, une dictature militaire communiste a sévi sur le pays, la guerre contre l’Erythrée est venue s’ajouter aux sécheresses catastrophiques et aux famines, empêchant le pays de sortir du marasme.

Un repas par jour: un luxe

La situation ne s’est guère améliorée sous la houlette de l’actuel premier ministre, Meles Zenawi: si on constate une certaine démocratisation et une privatisation, l’opposition reste réprimée, la liberté d’expression et la liberté de la presse sont très limitées et les droits de l’homme foulés aux pieds.

«La grande pauvreté qui règne bloque le développement de notre société», dit Aster Asfaw, directrice nationale de SOS Villages d’Enfants Ethiopie. Les gens auxquels elle a à faire sont si pauvres qu’ils ne peuvent même pas assurer un repas par jour à leurs enfants. Ils n’ont pas accès aux services du gouvernement, tels qu’écoles et hôpitaux, parce qu’ils ne peuvent payer ni les fournitures scolaires ni les consultations de médecins ou les médicaments. «Grâce à nos programmes, qui nous permettent de toucher plus de 13 500 personnes à Addis Abeba, nous aidons les plus pauvres parmi les pauvres à couvrir leurs besoins élémentaires.»

A côté de la pauvreté, le sida représente un des principaux problèmes du pays. Selon Onusida, l’organisation des Nations Unies qui s’occupe du sida, plus de 1,3 million de personnes sont séropositives, mais seules 10% d’entre elles le savent. Si les famines et la longue guerre avec l’Erythrée étaient naguère la principale cause de l’augmentation du nombre des orphelins, elles sont aujourd’hui remplacées par le sida: 800 000 enfants ont perdu leurs deux parents, un quart des bébés dont la mère est séropositive naissent infectés. Aster Asfaw indique que les sept villages d’enfants SOS ont surtout accueilli des orphelins du sida au cours des huit dernières années.

Un gros besoin de rénovation

SOS Villages d’Enfants travaille depuis longtemps en Ethiopie. En réponse à la sécheresse catastrophique de 1974, un premier village d’enfants SOS a ouvert ses portes à Makalle, la capitale de la province de Tigray, particulièrement touchée. Aujourd’hui, le pays compte sept villages d’enfants SOS, avec des foyers de jeunes, des jardins d’enfants et des écoles Hermann Gmeiner, auxquels s’ajoutent cinq centres de formation professionnelle, huit centres sociaux et quatre centres médicaux.

Le deuxième village d’enfants a ouvert en 1979 à Harar. Parallèlement aux sécheresses répétées, la guerre d’indépendance de l’Erythrée et le nombre élevé d’orphelins qu’elle a faits ont été la principale raison de la construction de ce village. Le jardin d’enfants SOS qui lui est rattaché accueille 200 enfants, son école Hermann Gmeiner dispense une bonne formation à 900 enfants.

Les 30 dernières années ont laissé des traces. Les 15 maisons familiales que compte le village d’enfants SOS d’Harar sont vieilles et doivent être rénovées. Les conduites électriques sont mal isolées, beaucoup de toits fuient, les fenêtres, les portes et le mobilier sont en mauvais état, et les murs ne répondent pas aux prescriptions régissant la protection contre les incendies. La sécurité des enfants est donc menacée. C’est pourquoi la fondation SOS Villages d’Enfants Suisse a décidé de rénover totalement le village d’enfants SOS, son jardin d’enfants et son école, tous défraîchis, au cours des deux années à venir.